Titulaire, contractuel, État, mairie ou hôpital : dans le public, votre retraite dépend d'abord de votre statut. Tous les régimes de retraite n'appliquent pas les mêmes règles, et un titulaire n'a même pas la même caisse que le contractuel du bureau d'à côté. Alors on va voir ensemble qui paie quoi, à quel âge on part, et comment vérifier vos services.
Au sommaire (8 parties)
- Quelle caisse de retraite selon votre fonction publique ?
- À quel âge un fonctionnaire peut-il partir ?
- La retraite d'un fonctionnaire vaut-elle 75 % du dernier salaire ?
- Contractuel de la fonction publique : Quelle retraite ?
- Vos primes comptent-elles ? Le rôle de la RAFP
- Comment vérifier vos services sur l'ENSAP ou votre compte CNRACL ?
- Demander sa retraite de fonctionnaire : À quel moment ?
- Votre retraite de fonctionnaire en six vérifications
Quelle caisse de retraite selon votre fonction publique ?
Avant de parler d'âge ou de montant, il faut savoir à quelle porte frapper. Et c'est là que beaucoup s'emmêlent, parce qu'il y a trois fonctions publiques, mais seulement deux caisses pour les titulaires. Sans compter une troisième voie, très différente, pour les contractuels.
Fonction publique d'État : Le SRE
Si vous êtes fonctionnaire de l'État, magistrat ou militaire, votre retraite est payée par le Service des retraites de l'État, le SRE. Votre espace personnel se trouve sur ensap.gouv.fr, et c'est là que vous suivez votre carrière, puis que vous finalisez votre demande de départ.
Territoriale et hospitalière : La CNRACL
Les fonctionnaires des collectivités et des hôpitaux, eux, relèvent de la CNRACL. Il faut pour cela travailler à temps complet, ou, dans la seule territoriale, au moins 28 heures par semaine. En dessous de 28 heures, un titulaire territorial reste affilié au régime général et à l'Ircantec.
Dans les deux cas, d'ailleurs, la pension s'ajoute à une petite retraite complémentaire, la RAFP, qui fait cotiser une partie de vos primes. On y revient un peu plus bas, parce qu'elle cache un piège.
Contractuels : Régime général et Ircantec
Un contractuel, lui, n'est pas fonctionnaire au sens de la retraite. Sa retraite de base est versée par l'Assurance retraite, comme pour un salarié du privé, et sa complémentaire par l'Ircantec, un régime par points.
Et attention si vous avez été contractuel avant d'être titularisé, parce que depuis 2015, ces années ne peuvent plus être rattachées à votre retraite de fonctionnaire. Du coup, vous toucherez souvent quatre retraites distinctes : SRE ou CNRACL, RAFP, Assurance retraite et Ircantec.

À quel âge un fonctionnaire peut-il partir ?
Une fois votre caisse identifiée, la question qui vient tout de suite, c'est l'âge. Et là, tout dépend de la catégorie de votre emploi. Par défaut, un emploi public est classé en catégorie sédentaire, mais certains emplois pénibles ou à risque sont classés en catégorie active, et d'autres en catégorie super-active.
Catégorie sédentaire
Ici, rien de spécial : vous partez au même âge légal qu'un salarié du privé. Sauf que depuis le 1er septembre 2026, la suspension de la réforme a avancé cet âge pour les générations 1964 à 1968.
| Né(e) en | Âge légal | Trimestres pour le taux plein |
|---|---|---|
| 1964 et janvier à mars 1965 | 62 ans et 9 mois | 170 |
| Avril à décembre 1965 | 63 ans | 171 |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 |
| 1969 et après | 64 ans | 172 |
Ces âges valent pour les pensions qui prennent effet à partir du 1er septembre 2026. Avant cette date, ils étaient plus élevés d'un trimestre, et même de deux pour les personnes nées de janvier à mars 1965.
Catégorie active
Aide-soignant, sapeur-pompier, policier municipal, sage-femme, égoutier : ces emplois peuvent ouvrir un départ anticipé. Pour l'État, le SRE exige au moins 17 ans dans un emploi actif. À la CNRACL aussi, une durée minimale de services est exigée, et c'est votre employeur qui vous confirme le classement.
| Né(e) | Âge de départ en catégorie active (SRE) |
|---|---|
| Avant le 1er septembre 1966 | 57 ans |
| Septembre à décembre 1966 | 57 ans et 3 mois |
| 1967 | 57 ans et 6 mois |
| 1968, 1969, janvier à mars 1970 | 57 ans et 9 mois |
| Avril à décembre 1970 | 58 ans |
| 1971 | 58 ans et 3 mois |
Bonne nouvelle pour ceux qui ont changé de poste en cours de route : le droit au départ anticipé est conservé, même si vous finissez votre carrière dans un emploi sédentaire. Il suffit d'avoir accompli la durée de services exigée.
Les instituteurs, par exemple, figurent parmi les emplois actifs cités par le SRE. Donc si vous avez été instituteur avant de devenir professeur des écoles, notre tableau de retraite des profs des écoles fait le point génération par génération.
Pour les soignants, c'est plus subtil, parce que le classement dépend du corps : un infirmier de catégorie B est en catégorie active, pas forcément un infirmier de catégorie A. Vous trouverez les détails dans nos pages sur la retraite des aides-soignantes et la retraite des infirmières.
Catégorie super-active
C'est le cas des policiers de la police nationale ou des surveillants pénitentiaires. Pour eux, il faut 27 années de services super-actifs. L'âge minoré est alors de 52 ans pour les personnes nées de 1967 au 31 août 1971, puis il monte progressivement jusqu'à 54 ans.
Une précision au passage, pour éviter les confusions : les cheminots ne relèvent ni du SRE ni de la CNRACL, mais de leur propre caisse, que je vous présente dans notre page sur la retraite SNCF.
La retraite d'un fonctionnaire vaut-elle 75 % du dernier salaire ?

Maintenant que vous savez quand partir, parlons de combien, et d'une idée reçue qui a la vie dure. Non, ce n'est pas tout à fait 75 % du dernier salaire. Les 75 % sont un maximum, appliqué au dernier traitement indiciaire détenu depuis au moins six mois, hors primes.
Et si vous avez moins de trimestres que le nombre exigé, le taux baisse en proportion. Le détail de ce calcul, avec un exemple, est dans notre page sur le calcul de la retraite d'un fonctionnaire.
Contractuel de la fonction publique : Quelle retraite ?
Tout ce qu'on vient de voir concerne les titulaires. Si vous êtes contractuel, le paysage est différent, puisque pour la retraite, vous êtes traité comme un salarié du privé. Votre âge de départ, votre durée d'assurance et le calcul de votre retraite de base suivent les règles de l'Assurance retraite : salaire annuel moyen des meilleures années, taux, trimestres.
La vraie différence se trouve dans la complémentaire. À la place de l'Agirc-Arrco, c'est l'Ircantec qui verse des points accumulés tout au long de la carrière. Elle est versée sans minoration si vous avez le taux plein, et elle est possible dès 57 ans, mais avec une minoration définitive.
Un détail surprend souvent : en dessous de 300 points, l'Ircantec ne verse pas de rente mensuelle, mais un capital unique au départ. Et si vous avez aussi exercé un mandat de conseiller municipal ou de maire, les règles propres à ces mandats sont dans notre page sur la retraite des élus locaux.
Vos primes comptent-elles ? Le rôle de la RAFP
Revenons maintenant à cette fameuse RAFP dont je vous parlais plus haut. Votre pension de fonctionnaire ne tient pas compte de vos primes, et c'est justement pour compenser un peu que la retraite additionnelle de la fonction publique existe depuis 2005. Elle est obligatoire pour tous les fonctionnaires.
Le principe est simple : vos primes et indemnités cotisent, dans la limite de 20 % de votre traitement indiciaire brut annuel. Vous payez 5 %, votre employeur aussi, et ces cotisations sont converties en points. À la sortie, deux cas se présentent : jusqu'à 5 124 points, vous recevez un capital, et à partir de 5 125 points, une rente mensuelle.
Et voici le piège annoncé, celui qui surprend surtout les agents en catégorie active. La RAFP n'est versée qu'à partir de l'âge légal de départ, même si votre pension de fonctionnaire a commencé avant. Une aide-soignante qui part à 57 ans attendra donc son âge légal pour toucher sa RAFP.
Comment vérifier vos services sur l'ENSAP ou votre compte CNRACL ?
On arrive au moment le plus utile de toute votre préparation. Pourquoi ? Parce que votre pension sera calculée à partir de ce que votre caisse a enregistré, et pas de ce dont vous vous souvenez.
Pour la fonction publique d'État, ouvrez votre espace sur ensap.gouv.fr et consultez votre compte individuel de retraite. Il est mis à jour une fois par an, si bien que les informations d'une année apparaissent à partir du mois de mai suivant.
Vous pouvez demander une correction à votre employeur ou directement au SRE, mais joignez toujours une pièce justificative, sinon la demande n'est pas prise en compte. Quant au simulateur de l'ENSAP, il s'ouvre à 45 ans, à condition que les données de votre compte soient complètes.
Pour la territoriale et l'hospitalière, tout se passe dans votre espace « Ma retraite publique ». La CNRACL vous demande de vérifier que toutes les périodes déclarées par vos employeurs successifs figurent bien dans votre compte individuel de retraite.
Et si vous avez aussi travaillé dans le privé, ou comme contractuel, téléchargez votre relevé tous régimes sur info-retraite.fr. C'est le seul document qui met toutes vos caisses côte à côte.
Quand je reçois un dossier de fonctionnaire, je regarde d'abord les périodes de contractuel avant la titularisation, parce qu'elles sont souvent rangées ailleurs. Puis les années à temps partiel, comptées au prorata, et les services en catégorie active, avec leurs dates exactes. Sans oublier les enfants, qui peuvent ouvrir des bonifications ou des majorations.
Demander sa retraite de fonctionnaire : À quel moment ?
Une fois vos services vérifiés, reste à ne pas rater le bon moment pour déposer votre demande. Comptez au moins six mois avant la date de départ souhaitée, parce que le SRE prévient qu'un dépôt tardif expose à une rupture de paiement entre votre dernier traitement et votre première pension. Les étapes en ligne sont détaillées dans notre page sur la demande de retraite d'un fonctionnaire.
Votre retraite de fonctionnaire en six vérifications
Pour finir, voici l'essentiel de cette page ramassé en une liste, à garder sous la main pendant votre préparation :
- Identifier votre caisse : SRE, CNRACL ou régime général et Ircantec.
- Vérifier la catégorie de chaque emploi : sédentaire, active ou super-active.
- Compter vos années de services actifs, avec leurs dates.
- Contrôler votre compte individuel de retraite et votre relevé tous régimes.
- Retenir que la RAFP n'arrive qu'à l'âge légal.
- Déposer la demande au moins six mois avant le départ.
Partir de la fonction publique, c'est aussi changer de rythme du jour au lendemain. Si ce passage vous inquiète un peu, notre page pour préparer sa retraite psychologiquement peut vous aider à l'anticiper.
