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J'ai 62 ans mais pas tous mes trimestres : Partir à l'âge légal ou attendre ?

Valérie pèse deux piles de documents sur une balance : partir à l'âge légal ou attendre quand il manque des trimestres

Par Valérie, La Bonne Retraite · publié le 15 octobre 2026

Vous avez 62 ans, il vous manque des trimestres, et vous vous demandez s'il faut partir quand même. Alors commençons par une bonne mise au point : à 62 ans, l'âge légal de départ à la retraite n'est en général pas encore atteint. Et quand vous l'atteindrez, partir sans tous vos trimestres vous coûtera une décote. On va voir ensemble combien, et ce qu'une année d'attente change vraiment.

Au sommaire (7 parties)
  1. Peut-on vraiment partir dès 62 ans quand il manque des trimestres ?
  2. Combien coûte un départ à l'âge légal avec des trimestres en moins ?
  3. Et si vous attendiez un an de plus ?
  4. Au chômage à 62 ans, faut-il demander sa retraite ?
  5. Dans quels cas part-on sans décote malgré des trimestres manquants ?
  6. Avant de trancher, vérifiez qu'il vous manque vraiment ces trimestres
  7. Ce qu'il faut avoir sous les yeux avant de choisir

Peut-on vraiment partir dès 62 ans quand il manque des trimestres ?

Dans la plupart des cas, non. Les « 62 ans » qu'on entend encore partout concernent des générations déjà parties : les personnes nées entre 1958 et août 1961 pouvaient partir à cet âge. Pour vous, l'âge légal dépend de votre année de naissance, comme le montre ce tableau.

Vous êtes né Âge légal Trimestres pour le taux plein
De janvier 1963 à mars 1965 62 ans et 9 mois 170
D'avril à décembre 1965 63 ans 171
En 1966 63 ans et 3 mois 172
En 1967 63 ans et 6 mois 172
En 1968 63 ans et 9 mois 172
À partir de 1969 64 ans 172

Si vous avez 62 ans en ce moment, vous êtes né fin 1963 ou en 1964. Du coup, votre âge légal est de 62 ans et 9 mois, et il vous faut 170 trimestres pour partir sans décote.

Une précision pour les parents nés à partir d'avril 1965, qui liront peut-être cette page en avance. Avec au moins un trimestre de majoration pour enfant, ils peuvent obtenir une surcote parentale : 1,25 % par trimestre travaillé l'année qui précède l'âge légal, 5 % au plus. Mais service-public la réserve à ceux qui ont déjà tous leurs trimestres à cet âge.

Attendez, il y a une subtilité : ce sont deux conditions bien distinctes. L'âge légal, c'est l'âge à partir duquel vous pouvez partir, alors que vos trimestres décident seulement si votre pension sera réduite ou non.

Certaines personnes partent tout de même plus tôt. Si vous avez commencé à travailler jeune, regardez du côté de la retraite anticipée pour carrière longue. Et si vous êtes dans le cas inverse, avec tous vos trimestres mais pas encore l'âge, c'est notre page « j'ai tous mes trimestres mais pas 62 ans » qui vous concerne.

Maintenant que l'âge est clair, parlons argent, parce que c'est là que la décision se joue. Deux mécanismes se cumulent : la décote, qui baisse le taux de calcul, et le prorata, qui ramène la pension aux trimestres que vous avez réellement. Et ces deux réductions restent acquises pour toute la retraite.

Sur la retraite de base

La retraite de base se calcule en trois morceaux : votre revenu annuel moyen, multiplié par un taux, puis par vos trimestres divisés par les trimestres exigés. Ce revenu moyen porte sur vos 25 meilleures années, ramenées à 24 si vous avez une majoration pour un enfant et à 23 à partir de deux enfants.

Le taux plein est de 50 %, mais il baisse de 0,625 point par trimestre manquant, au maximum pour 20 trimestres, donc il ne descend jamais sous 37,5 %.

Cette baisse, c'est la décote, et l'Assurance retraite la dit définitive. Il y a quand même une règle qui joue en votre faveur : la caisse compte vos trimestres manquants de deux façons, ceux qui manquent pour le taux plein et ceux qui vous séparent de 67 ans. Et elle retient le plus petit des deux nombres.

Un exemple, avec ses hypothèses affichées : né en 1964, 158 trimestres à l'Assurance retraite, revenu annuel moyen de 38 400 €. À 62 ans et 9 mois, il lui manque 12 trimestres pour le taux plein, et 17 le séparent de 67 ans. La caisse retient donc 12, et son taux tombe à 42,5 %.

Sa retraite de base se calcule alors ainsi : 38 400 € x 42,5 % x 158/170, soit 15 168 € par an. Ça fait 1 264 € bruts par mois, contre 1 600 € s'il avait eu ses 170 trimestres.

Et il y a une conséquence que peu de gens connaissent. Avec une décote, on perd le minimum contributif, ce complément versé aux petites pensions, parce qu'il est réservé aux retraites calculées au taux plein. Pour une carrière modeste, ce détail pèse lourd.

Sur la retraite complémentaire

La complémentaire, elle, suit le régime de base. Si votre retraite de base n'est pas au taux plein, l'Agirc-Arrco applique un coefficient de minoration, calculé selon votre âge de départ ou selon vos trimestres manquants, et c'est le plus favorable qui s'applique. Cette réduction-là est elle aussi définitive.

En revanche, si quelqu'un vous parle encore du malus temporaire de 10 %, rassurez-le : il n'existe plus pour les retraites prenant effet depuis le 1er décembre 2023. C'est une information périmée, qui circule pourtant encore beaucoup.

Et si vous attendiez un an de plus ?

Une femme de 62 ans compare deux courriers de sa caisse de retraite avec une calculatrice

C'est la question qu'on se pose juste après avoir vu ces chiffres, et la réponse tient à un seul point : pendant cette année, allez-vous travailler ? En 2026, il faut 1 803 € de salaire brut pour valider un trimestre. Autrement dit, dès 7 212 € bruts gagnés dans l'année, vous en validez quatre, même à temps partiel.

Reprenons notre exemple. S'il travaille un an de plus, il part à 63 ans et 9 mois avec 162 trimestres. Il ne lui en manque plus que 8, son taux remonte à 45 %, et sa retraite de base passe à 1 372,24 € bruts par mois, soit un gain d'environ 108 € chaque mois.

Et là, beaucoup se trompent. S'il attend un an sans travailler, rien ne bouge, parce qu'il lui manque toujours 12 trimestres et que 13 le séparent de 67 ans. La caisse retient encore 12, donc il aura simplement perdu un an de pension. Attendre sans cotiser ne réduit la décote qu'à l'approche de 67 ans.

D'ailleurs, l'exemple officiel de service-public le montre bien : la même personne partie à 65 ans touche 1 338,35 € bruts. À 67 ans, elle obtient le taux plein, soit 1 487,06 € bruts, mais toujours au prorata de ses 158 trimestres.

Il faut aussi mettre en face ce que coûte l'attente. Dans notre exemple, un an de pension non versée représente 15 168 € bruts, et le gain de 108 € par mois met une douzaine d'années à les rattraper, hors revalorisation et hors complémentaire.

Si vous avez déjà le nombre de trimestres requis, la logique s'inverse : continuer après l'âge légal donne une surcote de retraite, soit 1,25 % de plus par trimestre travaillé. Et si vous visez plutôt le taux plein automatique, notre page sur la retraite à 67 ans détaille ce qui reste calculé au prorata.

Et puis, le calcul ne dit pas tout. Votre santé, votre travail, votre couple pèsent souvent autant que 100 € par mois. Pour ce versant-là de la décision, lisez aussi comment préparer sa retraite psychologiquement.

Comparatif chiffré : partir à l'âge légal sans tous ses trimestres ou travailler un an de plus, décote et pension de base

Au chômage à 62 ans, faut-il demander sa retraite ?

Si vous êtes au chômage, la question se pose autrement, et la réponse est : pas forcément tout de suite. Sous conditions (un an d'indemnisation, 12 ans d'affiliation, 100 trimestres), France Travail peut maintenir vos allocations jusqu'au taux plein, et au plus tard jusqu'à 67 ans. Les règles complètes du chômage avant la retraite sont détaillées sur une page à part.

Dans quels cas part-on sans décote malgré des trimestres manquants ?

Tout ce qu'on vient de voir vaut pour le cas général, mais certaines situations donnent le taux plein quel que soit votre nombre de trimestres. À 65 ans, c'est le cas notamment des aidants qui ont cessé de travailler 30 mois pour s'occuper d'une personne handicapée. Et à 62 ans, trois situations reviennent le plus souvent.

Inaptitude au travail

Vous pouvez partir dès 62 ans au taux plein si vous êtes reconnu inapte au travail, c'est-à-dire avec une incapacité définitive d'au moins 50 %, médicalement constatée, qui vous empêche de continuer sans nuire gravement à votre santé.

Certaines personnes sont même considérées inaptes d'office, sans contrôle médical : les bénéficiaires de l'AAH, les titulaires d'une carte d'invalidité à 80 % et les personnes invalides avant l'âge légal. Si vous touchez l'AAH, notre page sur l'AAH et la retraite explique ce qui se passe à ce moment-là.

Invalidité

Si vous touchez une pension d'invalidité et que vous ne travaillez plus, elle s'arrête à 62 ans, et une retraite pour inaptitude au taux plein prend le relais. Si vous travaillez encore, en revanche, vous pouvez garder pension d'invalidité et salaire jusqu'à 67 ans.

Et si vous êtes au chômage à 62 ans, la pension d'invalidité peut être maintenue jusqu'à 6 mois après l'âge légal. Il faut simplement en faire la demande, et avoir travaillé dans les 6 mois précédant cet âge.

Handicap

Enfin, avoir travaillé en étant handicapé peut ouvrir une retraite anticipée dès 55 ans, au taux plein. Il faut pour ça un nombre minimum de trimestres cotisés, avec une incapacité permanente d'au moins 50 % pendant ces périodes. Et si vous avez perdu vos justificatifs, la MDPH peut vous en fournir des duplicatas.

Avant de trancher, vérifiez qu'il vous manque vraiment ces trimestres

Avant de choisir entre partir et attendre, il reste une étape, celle qu'on saute le plus souvent. Le nombre de trimestres manquants vient de votre relevé de carrière, et ce relevé n'est pas toujours complet au moment où vous le lisez.

L'Assurance retraite l'écrit elle-même : les trimestres d'enfants, le chômage indemnisé et l'activité à l'étranger ne figurent pas automatiquement sur le relevé. Ils s'ajoutent lors de la régularisation de votre carrière, donc un relevé qui paraît court peut très bien s'allonger.

Passez alors en revue chaque année à moins de quatre trimestres, en cherchant les périodes de chômage, de maladie ou de service militaire. Ce sont des trimestres assimilés, validés sans cotisation, et ils comptent bel et bien pour le taux plein.

À partir de 55 ans, vous pouvez signaler une erreur en ligne, avec le service « Corriger ma carrière » d'info-retraite.fr. Et pour certaines périodes, le rachat existe aussi, jusqu'à 12 trimestres au total, mais simulez toujours son coût avant de signer quoi que ce soit.

Ce qu'il faut avoir sous les yeux avant de choisir

Pour finir, voici les cinq éléments à réunir avant de prendre votre décision :

Une décote ne se rattrape pas après coup, alors prenez le temps de poser ces chiffres noir sur blanc, idéalement avec la personne qui partage votre vie. Ensuite seulement, vous déciderez en connaissance de cause.

Vos questions

Peut-on partir à la retraite à 62 ans sans avoir tous ses trimestres ?

En général non : si vous avez 62 ans en ce moment, vous êtes né entre fin 1963 et fin 1964, et votre âge légal est de 62 ans et 9 mois. Font exception la retraite pour inaptitude au travail, possible dès 62 ans au taux plein, et les départs anticipés (carrière longue, handicap).

Combien perd-on par trimestre manquant ?

Sur la retraite de base, le taux de 50 % baisse de 0,625 point par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres. La pension est en plus calculée au prorata des trimestres que vous avez. La complémentaire Agirc-Arrco subit aussi un coefficient de minoration.

La décote est-elle définitive ?

Oui. L'Assurance retraite précise que cette réduction est définitive : elle s'applique pendant toute la retraite. Un départ avec décote entraîne aussi une réduction définitive de la retraite complémentaire Agirc-Arrco.

À quel âge part-on sans décote quand il manque des trimestres ?

À 67 ans, quel que soit votre nombre de trimestres. La pension reste toutefois calculée au prorata des trimestres validés. Certaines situations donnent le taux plein plus tôt : inaptitude dès 62 ans, aidant ou parent d'enfant handicapé à 65 ans, sous conditions.

Peut-on racheter des trimestres pour éviter la décote ?

Oui, pour certaines périodes : années d'études supérieures et années incomplètes notamment, dans la limite de 12 trimestres au total. Les trimestres d'études rachetés ne comptent pas pour une retraite anticipée. Simulez le coût avant de vous décider.

Sources officielles (vérifiées le 14 octobre 2026)
  1. Âge légal de départ à la retraite (service-public.gouv.fr, F14043)
  2. Pension de retraite de base à taux plein du salarié (service-public.gouv.fr, F14044)
  3. Calcul de la retraite de base du salarié (service-public.gouv.fr, F21552)
  4. La décote : quels effets ? (L'Assurance retraite)
  5. Retraite complémentaire dans le privé : Agirc-Arrco (service-public.gouv.fr, F15396)
  6. Agirc-Arrco : fin du malus de 10 % (service-public.gouv.fr, actualité A15237)
  7. Retraite du salarié handicapé, incapacité permanente, inaptitude (service-public.gouv.fr, F16337)
  8. Pension d'invalidité de la Sécurité sociale (service-public.gouv.fr, F672)
  9. Je suis proche de la retraite, quelles conséquences sur mes droits à l'allocation chômage ? (France Travail)
  10. Retraite du salarié dans le secteur privé : rachat de trimestres (service-public.gouv.fr, F15675)
  11. Surcote : prolongez votre activité (L'Assurance retraite)
  12. Je prépare ma retraite (service-public.gouv.fr, F13890)
  13. Questions fréquentes : comprendre mon relevé de carrière (L'Assurance retraite)
  14. Demande unique de retraite personnelle, réf. S5135l 11/2024 (L'Assurance retraite)
  15. Comment les enfants sont-ils pris en compte pour la retraite du salarié ? (service-public.gouv.fr, F32126)
  16. Être parent : vos droits à la retraite (L'Assurance retraite)

La Bonne Retraite est un média indépendant : nous ne sommes pas une caisse de retraite, et cette page explique des règles générales sans remplacer un conseil personnalisé.