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La retraite progressive : Travailler moins avant de partir, sans tout perdre

Valérie devant un agenda dont les journées sont à moitié remplies, image de la retraite progressive à temps partiel

Par Valérie, La Bonne Retraite · publié le 20 octobre 2026

La retraite progressive permet de travailler à temps partiel tout en touchant une partie de sa retraite, et de continuer à cotiser. Un salarié y a droit à partir de 60 ans, quelle que soit sa génération, avec 150 trimestres et un temps partiel compris entre 40 et 80 % d'un temps complet. Voici ce que vous touchez, et comment la demander.

Au sommaire (9 parties)
  1. Retraite progressive : De quoi s'agit-il ?
  2. Retraite progressive : Les conditions d'âge et de trimestres
  3. Quel temps partiel faut-il pour y avoir droit ?
  4. Combien touche-t-on en retraite progressive ? Un exemple simple
  5. Que se passe-t-il quand vous arrêtez complètement de travailler ?
  6. Ce qui peut suspendre ou arrêter la retraite progressive
  7. Comment la demander, et l'employeur peut-il refuser ?
  8. Fonctionnaires et indépendants y ont-ils droit ?
  9. Avant de vous lancer

Retraite progressive : De quoi s'agit-il ?

Commençons par l'idée générale, parce que le nom prête à confusion. Ce n'est pas une retraite à moitié, ni une préretraite. C'est un dispositif d'aménagement de fin de carrière : vous gardez votre emploi, à temps partiel, et vous percevez en même temps une fraction de vos retraites, de base et complémentaires.

Pendant cette période, vous continuez de cotiser pour la retraite. Vous pouvez même choisir de surcotiser, c'est-à-dire de cotiser sur la base d'un salaire à temps complet, avec l'accord de votre employeur. Et quand vous arrêtez tout à fait, votre retraite définitive est recalculée en tenant compte de ces années à temps partiel.

Autrement dit, vous échangez un peu de salaire contre du temps libre, sans attendre l'âge légal. Mais ce n'est pas automatique : il faut remplir trois conditions, puis faire une demande. Passons-les en revue, en commençant par l'âge.

Retraite progressive : Les conditions d'âge et de trimestres

Maintenant que le principe est posé, voyons qui peut y prétendre. Pour un salarié, trois conditions se cumulent : avoir au moins 60 ans, réunir 150 trimestres dans vos régimes de retraite de base, et travailler à temps partiel. Les deux premières se vérifient sur votre dossier, et c'est là que les règles ont bougé récemment.

L'âge : 60 ans pour tout le monde

Depuis le 1er septembre 2025, l'âge d'accès est fixé à 60 ans, quelle que soit votre année de naissance. C'est le décret du 15 juillet 2025, publié au Journal officiel le 23 juillet, qui l'a décidé pour les retraites progressives prenant effet à partir de cette date. Avant, il fallait avoir deux ans de moins que l'âge légal, soit 60 à 62 ans selon la génération.

Vous vous demandez peut-être si la suspension de la réforme au 1er septembre 2026 change quelque chose. Pas pour la retraite progressive : son âge ne dépend plus de l'âge légal, il est fixé à 60 ans. Si votre retraite progressive a pris effet avant le 1er septembre 2025, en revanche, l'ancien âge s'est appliqué à votre cas.

Les 150 trimestres

Ensuite viennent les trimestres. Il en faut 150, tous régimes de retraite de base confondus. Ça ne veut pas dire 150 trimestres cotisés. Comptent aussi les périodes assimilées comme le chômage ou la maladie, les périodes rachetées, les trimestres des autres régimes de base, et les majorations de durée d'assurance, par exemple pour enfants.

Vérifiez donc votre relevé de carrière avant de vous lancer : un trimestre manquant peut retarder votre demande.

Ce qui ferme la porte

Sachez aussi qui est exclu. La retraite progressive est fermée si vous touchez une préretraite, si vous exercez à titre exclusif certaines activités, ou si vous utilisez une indemnité de départ à la retraite pour maintenir votre rémunération à temps partiel.

Certaines activités ne permettent pas non plus d'en bénéficier : les VRP, sauf s'ils justifient de leur temps partiel, les dirigeants de sociétés commerciales, à l'exception des mandataires sociaux, et les artisans taxis à l'assurance volontaire. Enfin, certains régimes de retraite complémentaire ne permettent pas la retraite progressive : faites contrôler le vôtre avant de vous engager.

Retraite progressive : 60 ans, 150 trimestres, temps partiel de 40 à 80 %, réponse de l'employeur sous 2 mois

Quel temps partiel faut-il pour y avoir droit ?

Reste la troisième condition, celle qui touche votre quotidien. Pour un salarié, votre durée de travail doit représenter entre 40 % et 80 % d'un temps complet, c'est-à-dire de la durée légale ou conventionnelle applicable chez vous. Moins de 40 % ou plus de 80 %, et le droit tombe.

Le calcul est simple : vos heures, divisées par celles d'un temps complet dans votre entreprise, multipliées par 100. Trois jours sur cinq, c'est 60 %. Si vous cumulez plusieurs emplois à temps partiel, leurs durées s'additionnent pour vérifier les limites. Et au forfait jours, il faut travailler de 87 à 174 jours, sur un maximum de 218.

Bonne nouvelle si vous êtes déjà à temps partiel : vous pouvez demander la retraite progressive sans changer de contrat, dès que vous remplissez les deux autres conditions. Dans le cas contraire, c'est à vous de demander le temps partiel à votre employeur, nous y revenons plus bas.

Combien touche-t-on en retraite progressive ? Un exemple simple

Un homme de 61 ans quitte son atelier en milieu de journée, veste sur l'épaule, en retraite progressive

Venons-en à la question de l'argent : combien touche-t-on ? Ce que vous touchez se compose de deux choses : votre salaire à temps partiel, et une fraction de votre retraite. La caisse commence par calculer une retraite provisoire, selon vos droits au moment de la demande. Puis elle vous en verse la part que vous ne travaillez pas.

Concrètement, cette fraction est égale à 100 % moins votre temps de travail. À 60 %, vous touchez donc 40 % de la retraite provisoire. La même fraction est accordée par les autres régimes auprès desquels vous avez des droits : l'Agirc-Arrco, par exemple, applique le même taux que l'Assurance retraite.

Votre temps de travail Part de la retraite provisoire versée
80 % 20 %
70 % 30 %
60 % 40 %
50 % 50 %
40 % 60 %

Voyons un exemple, avec ses hypothèses : un salarié de 61 ans gagne 2 400 € bruts par mois à temps plein, et sa retraite provisoire, base et complémentaire, est calculée à 1 500 € bruts par mois. Il passe à 60 %, soit trois jours sur cinq, et son salaire baisse proportionnellement.

Son salaire passe à 1 440 € bruts, et il touche 40 % de sa retraite provisoire, soit 600 €. Au total, 2 040 € bruts au lieu de 2 400 €. Ces chiffres sont fictifs, avant cotisations et impôt : votre cas dépendra de votre salaire, de votre carrière et de votre quotité.

Attention à un point : la retraite provisoire est calculée selon les règles habituelles, donc elle tient compte de votre durée d'assurance au moment de la demande. Si elle est inférieure à celle exigée, le taux peut être réduit. Pour voir ce que vous toucheriez, simulez-le dans votre compte retraite, avec « Mon estimation retraite » puis « Simuler ma retraite progressive ».

Un dernier mot : la retraite progressive ne donne pas droit à l'allocation de solidarité aux personnes âgées. Et si votre employeur accepte que vous cotisiez sur la base d'un temps plein, l'Assurance retraite précise que vous obtenez une retraite d'un montant identique à celui d'un temps plein.

Que se passe-t-il quand vous arrêtez complètement de travailler ?

Un jour, le temps partiel prendra fin. Et là, ne comptez pas sur un passage automatique : il faut déposer une seconde demande, celle de votre retraite définitive. La fraction que vous perceviez est alors remplacée par votre pension complète, recalculée dans les conditions habituelles.

Bonne nouvelle : le calcul retient les cotisations versées pendant votre temps partiel. Et la retraite définitive ne peut pas être inférieure au montant provisoire calculé lors de votre passage en retraite progressive. Autrement dit, ces années à temps partiel ne peuvent pas vous faire perdre ce qui avait été calculé au départ.

Si vous voulez continuer à travailler un peu ensuite, ce sont les règles du cumul emploi-retraite qui s'appliquent. Elles changent pour les retraites qui démarrent à partir du 1er janvier 2027, avec un seuil attendu par décret, qui pourrait être de 7 000 € bruts par an entre l'âge légal et 67 ans. La parution du décret est attendue avant la fin de 2026.

Ce qui peut suspendre ou arrêter la retraite progressive

Une fois lancée, la retraite progressive se surveille. Votre caisse vous envoie régulièrement un questionnaire pour vérifier votre temps partiel : le renvoyer est indispensable, sinon le paiement est suspendu. Voici les situations à connaître.

Si votre activité à temps partiel s'arrête, par exemple à la suite d'un licenciement, le paiement est suspendu tant que vous n'avez pas retrouvé un temps partiel ou demandé la retraite définitive. Notre page sur le licenciement avant la retraite explique la suite.

Comment la demander, et l'employeur peut-il refuser ?

Et maintenant, comment s'y prend-on ? Il y a deux étapes. D'abord le temps partiel, demandé à votre employeur par lettre recommandée au moins deux mois avant. Puis la retraite progressive, demandée à vos caisses cinq mois avant la date souhaitée.

L'employeur ne peut refuser qu'en motivant l'incompatibilité avec l'activité de l'entreprise, et sans réponse écrite sous deux mois, l'accord est acquis. Délais, lettre et formulaires sont détaillés dans notre page sur la demande de retraite progressive. Et si le temps partiel est refusé, la rupture conventionnelle avant la retraite est une autre voie.

Fonctionnaires et indépendants y ont-ils droit ?

Reste une dernière question : et si vous n'êtes pas salarié du privé ? Oui, avec des règles propres.

Les fonctionnaires ont les mêmes conditions d'âge et de trimestres, mais un temps partiel de 50 à 90 % : tout est dans notre page sur la retraite progressive des fonctionnaires. Les artisans et commerçants y ont aussi droit, avec un montant fixé selon la baisse de leurs revenus : voyez la retraite progressive des indépendants.

Avant de vous lancer

Pour ne rien oublier, voici ce qu'il faut passer en revue.

Avec ces points réglés, la retraite progressive peut devenir une vraie transition, plutôt qu'un saut dans le vide.

Vos questions

À quel âge peut-on demander la retraite progressive ?

À partir de 60 ans, quelle que soit votre année de naissance, pour les retraites progressives qui prennent effet à compter du 1er septembre 2025. Avant cette date, l'âge d'accès allait de 60 à 62 ans selon la génération.

Combien de trimestres faut-il pour la retraite progressive ?

Il faut justifier d'au moins 150 trimestres dans un ou plusieurs régimes de retraite de base. Comptent les trimestres cotisés, mais aussi les périodes assimilées comme le chômage ou la maladie, les périodes rachetées et les majorations de durée d'assurance, par exemple pour enfants.

Quel temps partiel faut-il pour y avoir droit ?

Pour un salarié, une activité à temps partiel comprise entre 40 % et 80 % d'un temps complet. Au forfait jours, cela représente de 87 à 174 jours sur un maximum de 218. Les fonctionnaires relèvent d'une fourchette différente, de 50 % à 90 %.

Combien touche-t-on en retraite progressive ?

Vous gardez votre salaire à temps partiel et vous touchez une fraction de votre retraite calculée au moment de la demande. Cette fraction est égale à 100 % moins votre temps de travail : à 60 %, vous touchez 40 % de la pension provisoire. Elle s'applique aussi aux autres régimes, base et complémentaires.

L'employeur peut-il refuser la retraite progressive ?

Il ne peut refuser qu'en justifiant que la durée de travail demandée est incompatible avec l'activité économique de l'entreprise, en précisant les conséquences sur la continuité de l'activité et, si un recrutement est nécessaire, les difficultés pour le faire. Sans réponse écrite et motivée dans les deux mois, l'accord est acquis.

Les fonctionnaires et les indépendants ont-ils droit à la retraite progressive ?

Oui, les deux, avec des règles propres. Pour les fonctionnaires, le temps partiel doit être compris entre 50 % et 90 % d'un temps complet. Pour les artisans et commerçants, le montant dépend de la baisse de leurs revenus professionnels et non d'un nombre d'heures.

Sources officielles (vérifiées le 15 octobre 2026)
  1. Retraite progressive du salarié (service-public.gouv.fr, F12842, vérifié le 17 novembre 2025)
  2. Retraite progressive de l'agent public (service-public.gouv.fr, F37400, vérifié le 1er septembre 2025)
  3. Je prépare ma retraite (service-public.gouv.fr, F13890, vérifié le 1er janvier 2026)
  4. La retraite progressive (L'Assurance retraite)
  5. Législation de l'Assurance retraite : retraite progressive (conditions d'attribution, activité à temps partiel, montant, changement de situation, retraite définitive)
  6. Décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025 fixant l'âge d'ouverture du droit à la retraite progressive à soixante ans (JO du 23 juillet 2025)
  7. La retraite progressive bientôt accessible à partir de 60 ans (service-public.gouv.fr, actualité du 24 juillet 2025)
  8. Emploi des salariés seniors : quels changements ? (service-public.gouv.fr, actualité du 30 octobre 2025)
  9. Code du travail, article L. 3123-4-1 (demande de temps partiel pour retraite progressive)
  10. Code du travail, article L. 6315-1 (entretien de parcours professionnel avant 60 ans)
  11. Retraite progressive (Agirc-Arrco)
  12. Mise à jour du service Mon estimation retraite (info-retraite.fr)
  13. Cumuler emploi et retraite : les règles changent (L'Assurance retraite, 2026)

La Bonne Retraite est un média indépendant : nous ne sommes pas une caisse de retraite, et cette page explique des règles générales sans remplacer un conseil personnalisé.