Vous préparez une retraite à l'étranger, au soleil espagnol, ou vous avez travaillé quelques années à Madrid ou à Barcelone ? Dans les deux cas, rassurez-vous : votre retraite française vous suit, et vos années espagnoles comptent. Il reste simplement des démarches précises à ne pas rater, sur la santé, les impôts et la preuve d'existence, et c'est ce qu'on va voir ensemble.
Au sommaire (6 parties)
Comment fonctionne la retraite en Espagne ?
Avant de parler démarches, il faut lever une confusion qui revient souvent. Si vous n'avez jamais travaillé en Espagne, le système espagnol ne vous versera rien, tout simplement parce que vous n'y avez pas cotisé. C'est votre retraite française qui vous sera payée là-bas, et le système espagnol ne vous concerne que si vous y avez travaillé.
Dans ce cas, sachez qu'il a ses propres règles, bien différentes des nôtres. L'âge de départ monte progressivement vers 67 ans en 2027. En 2026, il est de 66 ans et 10 mois, mais il descend à 65 ans pour ceux qui ont cotisé au moins 38 ans et 3 mois.
Il faut aussi avoir cotisé au moins 15 ans, dont 2 ans dans les 15 années qui précèdent le départ. Et ne cherchez pas de trimestres là-bas : en Espagne, on raisonne en années et en mois, ce qui change un peu nos habitudes quand on lit ses documents.
Pour le montant, le calcul se fait sur les bases de cotisation des 29 dernières années, dont seules les 27 meilleures sont gardées. Ensuite, le taux part de 50 % après 15 ans de cotisation et monte jusqu'à 100 %, un niveau qui doit être atteint avec 37 ans de cotisation à partir de 2027.

Toucher sa retraite française en vivant en Espagne
Passons maintenant au cas le plus fréquent, celui de la retraite française qu'on part toucher au soleil. Bonne nouvelle, elle est exportable : elle peut vous être versée partout dans le monde, sur un compte en France ou sur un compte espagnol. Demandez simplement à votre banque ce que coûtent les virements.
Son calcul, lui, ne change pas parce que vous déménagez. Votre âge de départ reste celui de votre génération en France, entre 62 ans et 9 mois et 64 ans pour les personnes nées à partir de 1963. Et si vous n'avez travaillé qu'en France, votre demande part vers votre caisse française, même depuis Valence ou Alicante, en suivant le parcours habituel pour demander sa retraite.
Avant de partir, pensez à signaler votre nouvelle adresse et vos coordonnées bancaires à votre caisse régionale. Cela se fait par courrier, avec vos nom, prénom et numéro de sécurité sociale, sans oublier les justificatifs. C'est un petit geste, mais c'est lui qui garantit que les paiements continuent d'arriver au bon endroit.
Reste la preuve que vous êtes en vie, chaque année. Là, l'Espagne vous facilite les choses, parce que l'Assurance retraite reçoit chaque mois des données d'état civil espagnoles. Du coup, si vous êtes bien identifié dans ces échanges, vous n'avez plus de certificat de vie à envoyer.
Si une demande arrive quand même, l'application « Mon certificat de vie » permet de répondre depuis votre téléphone, et un seul certificat vaut pour toutes vos caisses. Ne la laissez pas traîner, parce que sans réponse dans le délai, le paiement peut être suspendu. Et si vous touchez une pension de réversion, on peut aussi vous demander une attestation de situation maritale.
Il y a enfin un point sensible à connaître avant de partir. L'Aspa, le minimum vieillesse, est réservée aux personnes qui résident en France. Elle s'arrête donc si vous partez vivre en Espagne, et mieux vaut prévenir votre caisse avant le départ plutôt qu'après.
Avoir travaillé en Espagne : Comment ces années comptent

Et si, en plus, vous avez travaillé de l'autre côté des Pyrénées ? Ici, l'Europe joue pour vous. Les années françaises et espagnoles s'additionnent pour ouvrir vos droits, comme si toute votre carrière s'était passée dans un seul pays. Ensuite, chaque pays fait son calcul et verse sa part, au prorata de vos années chez lui, donc vous recevrez deux retraites.
Imaginons huit ans de travail à Séville. Seuls, ils ne suffisent pas pour atteindre les 15 ans exigés en Espagne. Mais avec vos années françaises, la condition est remplie, et l'Espagne vous verse une pension pour ses huit ans.
Regardez bien ce détail, cependant : chaque pays applique son propre âge. Votre part française peut partir à 63 ans, et votre part espagnole seulement à l'âge prévu en Espagne. Vous aurez donc peut-être deux dates de départ à préparer, et deux paiements à suivre.
Vous n'avez cotisé que quelques mois là-bas ? Avec moins d'un an de cotisation dans un pays, ce pays peut ne rien vous verser. Mais ces mois ne disparaissent pas pour autant, parce qu'ils sont alors pris en compte dans le calcul des autres pays.
Pour la demande, tout dépend de l'endroit où vous vivez. Si vous vivez en France, vous déposez un seul dossier à votre dernière caisse française, qui le transmet en Espagne. Si vous vivez en Espagne, c'est l'organisme espagnol qui le reçoit. Le Cleiss conseille de déposer la demande environ 6 mois avant l'âge légal.
Attention à un oubli fréquent : les années espagnoles ne figurent pas automatiquement sur votre relevé de carrière français. Il faut donc les déclarer sur le formulaire, avec vos justificatifs. Et comme chaque pays a ses particularités, nous les détaillons aussi pour la retraite au Royaume-Uni, la retraite aux États-Unis et la retraite d'un frontalier suisse.
Impôts et santé d'un retraité français en Espagne
Une fois la pension réglée, viennent les deux questions qui suivent presque toujours : les impôts et la santé.
Où payer ses impôts
C'est la convention fiscale signée entre la France et l'Espagne en 1995 qui tranche, et elle fait une différence nette entre le privé et le public. Une pension du privé, régime général ou Agirc-Arrco, versée à un résident d'Espagne au titre d'un ancien emploi, n'est imposable qu'en Espagne.
Pour une pension de fonctionnaire, c'est l'inverse : elle reste imposable en France, même si vous vivez à Malaga. La seule exception, c'est si vous avez la nationalité espagnole sans avoir la nationalité française. Votre résidence fiscale, elle, se détermine selon les critères de la convention, alors en cas de doute, posez la question à votre service des impôts avant de partir.
Côté prélèvements sociaux, il y a aussi du changement. Une fois votre domicile fiscal hors de France, la CSG et la CRDS ne sont plus prélevées sur votre pension. Mais une cotisation d'assurance maladie les remplace : 3,2 % sur la retraite de base et 4,2 % sur la complémentaire.
La couverture santé
Si vous ne touchez qu'une retraite française, vous restez affilié à l'assurance maladie française. Pour être soigné en Espagne, il faut donc demander le formulaire S1 à votre caisse de retraite de base, de préférence avant le départ. Au régime général, la demande passe par le questionnaire d'étude des droits aux soins de santé, dans votre espace personnel.
Remettez ensuite l'attestation à l'assurance maladie espagnole, parce que sans elle, vos soins ne sont pas pris en charge. Vous gardez par ailleurs un vrai avantage : vous pouvez revenir vous faire soigner en France. Et pour un voyage dans un autre pays, demandez la carte européenne d'assurance maladie.
Les démarches avant de s'installer
Maintenant que vous avez toutes les règles en tête, le plus simple est de tout caler quelques mois à l'avance. Voici les démarches côté français, dans l'ordre où je les ferais :
- Vérifier votre relevé de carrière français, et noter vos années espagnoles.
- Demander le formulaire S1 à votre caisse de retraite de base.
- Envoyer votre nouvelle adresse et votre RIB à votre caisse régionale.
- Prévenir votre caisse si vous touchez l'Aspa.
- Clarifier votre résidence fiscale avec les impôts.
Côté espagnol, un séjour de plus de trois mois impose une inscription au Registre central des étrangers. Vous avez trois mois après votre arrivée pour demander ce « certificado de registro », en personne, à l'office des étrangers de votre province ou au commissariat. Comme retraité, on vous demandera une pièce d'identité, une assurance maladie complète, d'où l'intérêt du S1, et la preuve de ressources suffisantes, votre pension comprise.
Et si votre départ en retraite et votre départ en Espagne tombent la même année, mieux vaut tout organiser ensemble pour préparer son départ à la retraite sans oubli. Deux grands changements en même temps, c'est faisable, à condition de ne pas les traiter chacun dans son coin.
L'essentiel en cinq points
Pour finir, voici ce qu'il faut retenir si vous ne deviez garder qu'une page :
- Votre retraite française vous est versée en Espagne, calculée selon les règles françaises.
- Des années travaillées en Espagne donnent une seconde pension, à l'âge espagnol.
- Pension du privé imposable en Espagne, pension publique en France.
- Formulaire S1 obligatoire pour être soigné sur place.
- Inscription au registre des étrangers dans les trois mois.
L'Espagne n'efface rien de ce que vous avez construit en France. Faites juste le tour de vos papiers avant de partir, et vous pourrez profiter de l'oranger.
