Vous êtes en arrêt depuis des semaines, ou vous l'avez été souvent ces dernières années, et vous vous demandez ce que cet arrêt maladie change pour votre retraite. Je vous rassure d'abord : un arrêt indemnisé par la Sécurité sociale fait gagner des trimestres, un tous les 60 jours. Ce qu'il ne fait pas gagner, c'est du salaire. Et c'est là que se cachent les vraies questions.
Au sommaire (8 parties)
- Un arrêt maladie compte-t-il pour la retraite ?
- Combien de jours d'arrêt pour un trimestre ?
- La pension baisse-t-elle après un long arrêt ?
- Points Agirc-Arrco pendant l'arrêt : À partir de quand ?
- Peut-on partir à la retraite pendant un arrêt maladie ?
- Arrêt pour accident du travail : Des règles à part ?
- Vos arrêts sont-ils bien reportés sur le relevé de carrière ?
- Ce qu'il faut vérifier avant de partir
Un arrêt maladie compte-t-il pour la retraite ?
Commençons par la bonne nouvelle, parce qu'elle est solide. Pendant un arrêt, vous ne cotisez pas, puisque vous ne touchez plus de salaire. Pourtant, l'Assurance retraite reporte quand même des trimestres sur votre relevé, ce qu'on appelle des trimestres assimilés : des périodes sans travail que la loi compte comme si vous aviez travaillé.
Pour la durée d'assurance, ces trimestres pèsent exactement autant que des trimestres cotisés, service-public le dit noir sur blanc. Ils vous rapprochent donc du nombre qu'il vous faut pour le taux plein, autrement dit pour partir sans décote. Une seule condition, mais elle compte : l'arrêt doit avoir été indemnisé par votre caisse d'assurance maladie.
Il y a tout de même une nuance, qui surprend ceux qui ont commencé à travailler jeunes. Pour la retraite anticipée pour carrière longue, ce sont les trimestres cotisés qui comptent, et la maladie n'y entre que dans la limite de 4 trimestres. Si vous visez ce départ, comptez donc vos arrêts à part.
Combien de jours d'arrêt pour un trimestre ?
Reste à savoir combien il en faut, de ces jours d'arrêt, pour décrocher un trimestre. La règle tient en une phrase : un trimestre pour chaque période de 60 jours indemnisés, avec le plafond habituel de 4 trimestres par année civile.
Les jours s'additionnent au fil de l'année, même quand les arrêts sont séparés, du moment qu'ils ne se chevauchent pas. Et si un arrêt est encore en cours au 31 décembre avec moins de 60 jours au compteur, ces jours ne sont pas perdus. La réglementation de la caisse prévoit qu'ils sont reportés sur l'année suivante.
Un arrêt de quelques jours, pris tout seul, ne pèse donc rien. Ce qui compte, c'est d'atteindre 60 jours d'indemnisation dans l'année, et c'est pour ça que les petits arrêts répétés finissent parfois, mis bout à bout, par valider un trimestre.
Imaginons une salariée payée 2 000 € brut par mois, arrêtée de début mars à fin décembre. Ses deux mois de salaire, soit 4 000 €, valident déjà 2 trimestres, puisqu'en 2026 il faut 1 803 € de salaire pour en valider un. Ses quelque 300 jours d'indemnisation en apporteraient 5, mais le plafond arrête l'année à 4.
Côté trimestres, l'année est donc complète. Ce qui lui manque, c'est le salaire de mars à décembre, et c'est justement la question suivante.
La pension baisse-t-elle après un long arrêt ?

C'est souvent là que l'inquiétude est la plus forte, et on la comprend. Votre retraite de base se calcule avec trois éléments : vos trimestres, le taux et votre revenu annuel moyen, c'est-à-dire la moyenne de vos 25 meilleures années de salaire. Les trimestres de maladie nourrissent le premier, mais pas le dernier.
L'Assurance retraite l'écrit sans détour : pour ces périodes, c'est un trimestre « sans salaire » qui est reporté sur votre relevé. D'ailleurs, quand service-public liste ce qui entre dans le revenu annuel moyen, il cite les indemnités de maternité, pas celles de la maladie.
Ne paniquez pas trop vite pour autant, parce que seules les 25 meilleures années entrent dans le calcul, et même 24 ou 23 pour les parents qui ont des majorations d'enfants (calcul appliqué courant 2027, avec rattrapage automatique). Si vous avez travaillé bien plus longtemps, une année creusée par un long arrêt a toutes les chances d'être écartée, tout simplement parce qu'elle fait partie des moins bonnes.
Le vrai risque se trouve dans deux cas. D'abord une carrière courte, où la moyenne se fait sur toutes les années travaillées, si bien que chacune compte. Ensuite des arrêts qui reviennent plusieurs années de suite. Pour voir ce que ça donne sur votre propre dossier, la méthode est détaillée dans notre page qui explique comment calculer sa retraite.
Points Agirc-Arrco pendant l'arrêt : À partir de quand ?
Côté complémentaire, la logique change du tout au tout, et elle vous est plutôt favorable, à condition de franchir un seuil. L'Agirc-Arrco attribue des points gratuits, sans cotisation, pour un arrêt de plus de 60 jours consécutifs indemnisé par la Sécurité sociale, qu'il s'agisse de maladie, d'accident du travail ou d'invalidité.
Et voici la réponse au « à partir de quand ». Une fois le seuil franchi, autrement dit dès 61 jours d'arrêt d'affilée, les points sont inscrits à compter du premier jour d'arrêt, pas du soixante et unième. La réglementation du régime précise même que les trois jours de carence comptent dans ces 61 jours.
Le calcul repose sur l'année qui précède l'arrêt : la caisse prend vos points de cette année-là, en tire une moyenne par jour et la multiplie par vos jours indemnisés. Le total de l'année ne peut pas dépasser ce que vous aviez obtenu l'année d'avant. En somme, on vous maintient à peu près au niveau où vous étiez.
Le revers concerne les arrêts courts ou hachés. Trois arrêts de trois semaines ne font pas 61 jours consécutifs, et l'Agirc-Arrco prend lui-même ce genre d'exemple pour montrer que seule la période assez longue ouvre des points. Sur les autres jours, vous n'avez que les points issus des cotisations versées sur votre salaire.
Dernier point rassurant : vous n'avez rien à envoyer. L'Agirc-Arrco s'appuie sur les arrêts déclarés par votre employeur, tout en vous conseillant de garder les attestations de la Sécurité sociale.

Peut-on partir à la retraite pendant un arrêt maladie ?
Une fois ces règles en tête, une question revient très souvent : faut-il reprendre le travail avant de partir ? Rien, dans les textes officiels que j'ai consultés, ne l'impose. Service-public prend même l'exemple d'une personne en arrêt pour accident du travail du 1er janvier au 30 juin, qui part à la retraite le 1er juillet.
Cet exemple cache d'ailleurs une règle utile. L'année du départ, la caisse ne retient jamais plus de trimestres que de trimestres civils écoulés avant la date choisie. Ici, 181 jours d'arrêt suffiraient pour 3 trimestres, mais seuls 2 sont retenus, parce que seuls deux trimestres se sont écoulés entre janvier et juin.
La demande, elle, se fait comme pour tout le monde, en ligne sur info-retraite.fr, au moins cinq mois avant la date voulue. Joignez les décomptes d'indemnités journalières de vos deux dernières années, la caisse les range parmi les pièces du dossier complet. Toutes les étapes sont dans notre guide pour demander sa retraite.
Ce que deviennent les indemnités journalières
Vos indemnités ne viennent pas s'ajouter à votre retraite. La fiche de service-public sur les indemnités journalières ne prévoit leur cumul avec une pension de vieillesse que pour le retraité qui garde une activité salariée à côté. Si vous partez pour de bon, c'est donc la retraite qui prend le relais.
Côté Agirc-Arrco, une règle bien pratique évite le trou entre les deux. Si vous demandez votre complémentaire dans le trimestre qui suit celui où votre indemnisation maladie s'est arrêtée, elle peut démarrer le premier jour du mois qui suit. Peu importe que la demande arrive un peu après.
La retraite pour inaptitude
Quand l'arrêt dure parce que la santé ne permet plus de reprendre, une autre porte existe. Si vous êtes reconnu inapte au travail, vous pouvez partir dès 62 ans à taux plein, quel que soit votre nombre de trimestres. Pour comparer, l'âge légal va de 62 ans et 9 mois à 64 ans selon votre génération.
Être inapte, au sens de la caisse, c'est ne plus pouvoir poursuivre son activité sans nuire gravement à sa santé, avec une incapacité de travail d'au moins 50 % médicalement constatée. C'est le médecin-conseil de la caisse qui la reconnaît, et la complémentaire suit le mouvement, puisque l'Agirc-Arrco verse elle aussi sa retraite à taux plein dans ce cas.
Les autres départs anticipés liés à la santé, comme l'incapacité permanente ou le handicap, sont réunis dans notre page sur la retraite anticipée pour raison de santé. Et si votre arrêt vient d'un épuisement au travail, notre page sur le burn out et la retraite reprend ce cas en détail.
Arrêt pour accident du travail : Des règles à part ?
Petit détour par un cas voisin, qu'on confond souvent avec la maladie. Pour les trimestres, rien ne change : l'arrêt indemnisé après un accident du travail en valide un tous les 60 jours. La différence vient de l'incapacité permanente d'origine professionnelle, qui peut ouvrir un départ à taux plein dès 60 ans à partir de 10 % reconnus. Tout est dans notre page sur l'accident du travail et la retraite.
Vos arrêts sont-ils bien reportés sur le relevé de carrière ?
Tout ce qu'on vient de voir ne vaut que si vos arrêts figurent bien sur votre relevé, et c'est le point que je vous demande de ne pas laisser filer. En principe, tout est automatique : votre caisse d'assurance maladie signale les périodes indemnisées à la caisse de retraite, qui reporte les trimestres sans que vous ayez rien à faire.
Seulement, automatique ne veut pas dire infaillible. Ouvrez votre relevé dans votre compte sur info-retraite.fr, repérez chaque année où vous avez été longtemps arrêté et vérifiez que la période de maladie apparaît avec ses trimestres. Une année d'arrêt long sans aucun trimestre, c'est un signal d'alerte.
Si quelque chose manque, vos décomptes d'indemnités journalières sont la meilleure preuve, et la réglementation de la caisse précise qu'ils sont recevables. À partir de 55 ans, le service « Corriger ma carrière » d'info-retraite vous permet de signaler l'anomalie à tous vos régimes en une seule fois.
Faites-le bien avant le départ, au moment où vous rassemblez le reste de vos papiers, en suivant par exemple notre liste pour préparer son départ à la retraite. Une correction demandée à temps vous évite de découvrir le problème sur la notification.
Ce qu'il faut vérifier avant de partir
Pour finir, voici les points à cocher avant de déposer votre demande :
- Chaque année d'arrêt long affiche ses trimestres, un pour 60 jours indemnisés.
- Vos décomptes d'indemnités journalières des deux dernières années sont rangés.
- Vos arrêts de plus de 60 jours consécutifs ont donné des points Agirc-Arrco.
- Pour la carrière longue, vos trimestres de maladie sont comptés à part, 4 au plus.
- Si la reprise est impossible, la piste de l'inaptitude à 62 ans est étudiée avec votre caisse.
Un arrêt, on ne le choisit jamais, et il serait injuste qu'il vous coûte en plus des droits que la loi vous garde. Et le jour où vous tournerez la page, notre page pour préparer sa retraite psychologiquement pourra vous accompagner.
